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La fleur de l’AubeModifier

Il était une fois une enfant de Gaia nommée Ophélie Aimée-de-Luna, qui était plus belle que toutes autres créatures sur terre ou du moins ainsi le juraient ceux qui l’avaient vue. Son visage, disaient-ils, était le reflet de celui de Gaia, tant une telle beauté ne pouvait venir d’ailleurs. Ses traits et ses formes galbées enflammaient le désir de beaucoup, même celui d’autres garous, à tel point qu’ils la suppliaient parfois de briser les tabous et de s’allonger avec eux.A tous elle refusa, laissant de profondes cicatrices en guise d’avertissement à ceux que les mots seuls n’arrêtaient pas.

Pourtant, elle trouva un mari, un humain, un apparenté, paisible et effacé, dont le seul véritable amour à part Ophélie, était un jardin qui fleurissait dans une terre bien noire. Ses ancêtres le lui avaient légué et l’avait pressé de le conserver et de l’entretenir aussi longtemps qu’il vivrait. Au travers de sa lignée, ils lui avaient aussi transmis une graine inestimable, graine à ne planter qu’aux jours les plus sombres. A sa mort, trop précoce, même pour un humain, Ophélie continua de soigner son jardin et y mis tout l’amour qu’elle avait pour lui, car leur couple n’avait pas eu d’enfants. Elle garda la précieuse graine sur elle, attachée à un cordon, autour de son cou. Sage, elle devint, tant ses connaissances sur les Esprits Plantes avait grandit, au point de connaître chaque Esprit par leur nom et qu’eux aussi vinrent à la connaître. Peu d’autres garous avaient atteint un tel savoir si bien qu’Ophélie fut nommée la Jardinière de la Clairière de Lune, car tel était le nom que son mari avait donné au jardin.

Aucun autre éden terrestre, sauf peut-être l’un ou l’autre paradis encore inconnu, ne poussait aussi vert et aussi magnifique que celui-là. Parfois des garous venaient ici, simplement pour le voir ou y trouver un peu de réconfort. Ophélie s’en occupa de nombreuses années, vieillissant doucement comme toute chose sur Gaia. Avec l’âge, sa somptueuse beauté s’estompa mais fut remplacée par une plus grande beauté encore, celle que seul les aînés savent voir, la beauté de la sagesse qui s’épanouissait au plus profond de son être.Les jeunes meutes, inconscientes de ses charmes passés, se moquaient d’elle, car un garou qui taille vignes et plantes au lieu de combattre le Ver, n’était pour eux qu’un couard. Mais les aînés, eux savaient et venaient au jardin pour se reposer et contempler de grandes choses.

Malheureusement, quelquechose d’aussi pure que la Clairière de Lune ne pouvait rester incontesté par le Ver. Ainsi un jour, des fomori forcèrent sournoisement ses portes pour ruiner la vie de cet eden. Il pénétrèrent sous l’apparence de jeunes humains aux t-shirts déchirés, bardés de tatouages, pour qu’au cas où ceux qui seraient témoins de la violence, puissent la blâmer sur la jeunesse rebelle et ainsi légitimer d’avantage la dureté face aux jeunes et élargir encore le fossé des générations. Cernée dans son sanctuaire par les fomori, Ophélie combattit vaillamment, mais seule, elle ne pouvait l’emporter. Elle poussa un hurlement, appelant l’aide des parents tout proche, car son jardin se trouvait près de l’enclos d’un caern.

Mais ce fut un garou qui répondit à son appel. Devon Mine-Sombre, entendit le hurlement et rassembla sa meute. Ses frères de cœur étaient puissants et sans merci. Il fondirent par surprise sur les fomori, déchirant leurs chairs, laissant libre cours à leur rage. Ils détruisirent rapidement tous les maraudeurs, mais ils ne furent pas tendre envers les plantes et les arbustes dans leur défense du jardin. Ils les piétinèrent, les arrachant et les écrasant dans leurs sillages. Et le sang des fomori, suintant de leurs corps brisés, se répandit dans le sol, flétrissant d’avantage la vie de la clairière.

Ophélie pleura, plus désespérée de la perte de son jardin que de ses propres blessures.

- «Vieille femme, cesse tes pleurs » se moqua Devon. «Tu pourras toujours te racheter de nouvelles plantes. Par contre, la valeur dont nous avons fait preuve aujourd’hui n’est pas de celle que l’on voit tous les jours», acheva t’il avec orgueil.
- «Oh toi, vaniteux louveteau ! » s’écria t’elle. «Ces plantes ont mis des années pour grandir ainsi, mais maintenant elles sont mortes, leurs esprits sont repartis. D’anciennes sagesses dormaient en leurs seins. Mais ces Esprits sont loins maintenant, de retour dans leur royaume umbral, trop loin pour que mes vieux os aillent les rechercher. Ma vie ne valait pas ce savoir. Sans lui, comment préserver la pureté de votre caern ? N’y a t’il pas un Chêne Majestueux en son cœur ? Qu’arriverait-il s’il était pris de maladie ? Le pouvoir du caern ne mourrait-il pas avec lui ? »
- «Cesse ton radotage, femme », déclara Devon. «Le Chêne sacré a toujours été là et le sera encore. Nous l’avons toujours protégé. Il fut même frappé, il y plusieurs générations par Grand-Père Tonnerre lui-même, il en porte d’ailleurs toujours la marque, signe pour nous de sa grandeur. Car celui qui survit à cela, ne peut se laisser abattre par une simple maladie. »
- «Le crois-tu ? », répondit Ophélie. «Un jour, il pourrait arriver que le Chêne sollicite le savoir ancien que recelait ce jardin et vous serez obligé d’aller le chercher bien loin et vous regretterez d’en avoir piétiné ne serait-ce qu’une seule tige. »
- «Ha Ha ! », railla Devon, tout en rassemblant sa meute, maintenant que sa tâche était accomplie. «Et bien, si une aussi improbable quête devait survenir, je passerai vous chercher pour nous accompagner. »
- «Et je viendrai », répondit simplement Ophélie avant de s’en retourner vers son jardin, s’attelant à lui rendre vie.


Des années passèrent avant que la prédiction de l’Enfant de Gaia ne vint à se réaliser, car elle savait que si les fomori avaient eu l’audace d’envahir la clairière, ils s’attaqueraient tôt ou tard au Puissant Chêne pour l’anéantir. Le Ver frappa sous la forme d’ignobles Flaïels qui empoisonnèrent l’arbre séculaire, le cœur du caern. Accablé de chagrin et de colère, les aînés tentèrent d’invoquer l’aide des Esprits pour le guérir. Malheureusement, aucun d’eux ne savait comment guérir un être aussi ancien. Mais il laissèrent entendre qu‘un tel savoir pourrait se trouver au plus profond de l’Umbra, parmi les Esprits Plantes qui furent blessés et arrachés, de nombreuses années auparavant, lors de l’attaque de la Clairière de Lune. Se souvenant du récit vantard de Devon Mine-Sombre et de ses moqueries blessantes envers Ophélie la Jardinière, les aînés décidèrent de le punir pour son crime, et lui présentèrent une quête, qui lui coûterait son renom s’il venait à refuser. Fier et orgueilleux devant ses aînés, Devon accepta de partir à la recherche des Esprits Plantes et rassembla sa meute.

Ils parcoururent d’étranges voies de lune, espérant que Luna les aiderait dans leur quête et les mènerait vers leur destination. Mais il furent rapidement perdu, car Luna n’éprouvait que du ressentiment à leur égard pour leur fierté mal placée et pensa leur donner une leçon. Ce n’est qu’après bien des mésaventures dans des royaumes aussi étranges qu’inquiétant, qu’ils tombèrent sur Ophélie qui les attendait à un croisement de chemins.

- «Es-tu près à me suivre maintenant, Seigneur de l’Ombre ? » demanda t’elle.
- «Comment nous avez-vous trouvé? » reprit Devon, incapable de cacher sa surprise. «Nous errons depuis des semaines ! »
- «Les Lunae m’ont guidée lorsque je leur ai demandé gentiment. N’avais-tu pas dit, il y a bien longtemps que tu viendrais me chercher si une telle quête se présentait à toi. Votre vaine errance fut le châtiment pour avoir oublié ta promesse ! »

Réprimant sa fierté, Devon se tut un moment, se débattant avec sa rage. Lorsqu’il l’emporta sur elle, il se calma et parla de nouveau :

- «Alors accompagnez-nous mais sachez que c’est moi qui dirige ma meute. »
- «Bien sûr mais je suis l’aînée», reprit Ophélie. «Alors ignorez mes conseils à vos périls. »

Devon gronda mais il hocha la tête, entraînant sa meute à sa suite.


Cette fois, les chemins de lune se courbèrent pour eux, plutôt que contre eux et les menèrent bientôt en un aimable et verdoyant royaume, une jungle grouillante d’Esprits Plante où leur pouvoir était tel que c’était eux qui toléraient la présence des animaux et non l’inverse comme cela se passe dans le monde matériel. Ophélie connaissait les convenances à manifester envers ces Esprits et c’est seulement grâce à elle qu’ils obtinrent l’accès au centre de leur royaume. Les arbres et les vignes s’écartèrent sur leur passage, mais seulement après leur avoir montré qu’ils pouvaient tout aussi bien les capturer si tel était leur désir. Les Esprits Premiers qu’ils recherchaient, étaient venus ici il y a bien longtemps, déclarèrent les Esprits natifs, cherchant la guérison dans l’une des clairières les plus reculées où se trouvaient un étang peu profond, source de leur essence.


Comme la meute errait depuis des jours à la recherche de l’étang, ils virent des signes inquiétants, tentant à prouver que le royaume n’était pas aussi exempt de corruption qu’ils l’avaient cru en arrivant. Une sève noire s’écoulait des certains arbres dont les branches rabougries se tordaient en des formes maléfiques. Chasses-les-Renards, le théurge de la meute, devint méfiant, puis convaincu que des Esprits du Ver étaient là, tapis tout autour d’eux, observant leur passage. Ils atteignirent enfin l’étang, et à leur grande crainte, n’y trouvèrent pas une onde pure et limpide mais une eau grasse et saumâtre.

- «Quelque chose de terrible a dû se produire içi ! » s’exclama Ophélie. «Ce lieu est submergé de corruption. »
- «Alors fichons le camp d’ici avant d’être corrompu à notre tour » gronda Devon.

Mais il était trop tard déjà. D’énormes mains couvertes d’écorce surgirent de la sombre canopée et agrippèrent chacun des membres de la meute. Seul Ophélie parvint à se glisser hors de la ténébreuse étreinte, alors que les autres garous étaient soulevés dans les airs, se débattant contre les branches.


Un grondement sourd résonna, comme un rire emplissant la clairière alors qu’un visage prenait forme sur le tronc d’un arbre. La voix reprit, proférant des menaces : Ainsi, vous êtes venu pour ceux que vous avez abandonné, il y a longtemps. Mais ils sont miens maintenant, tout comme vous l’êtes ! Tu ne me reconnais pas, Devon, alors que tu as gravé ton nom dans mon écorce après ton premier rite ?

Devon gronda:

- «Vous mentez ! Je n'ai jamais vu une chose aussi abominable que vous ! »
Chenecorrompu

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- «Oh mais si, je suis le Puissant Chêne que tu cherches à guérir ! Ton errance futile t'a retenu trop longtemps. Je suis passé dans ce royaume pour faire alliance avec mon nouveau maître, que tu rencontreras bientôt... »
- «Impossible! » cria Devon, trop honteux, à ce moment pour en appeler à sa rage. «Vous ne pouvez pas être l'ancien et vénéré Chêne! Un être aussi vénérable ne peut pas être corrompu aussi vite! »

Le triste Chêne projeta ses branches vers eux, attirant un à un les membres de la meute vers un trou dans son tronc qui ne s’était jamais refermé. Mais avant qu’il ne puisse engouffrer les garous dans le creux béant, de multiples tiges vertes s’enroulèrent autour de leurs flancs, les tirant vers l’arrière. Les Esprits Plante venaient de pénétrer dans la clairière sacrée et luttaient maintenant contre l’arbre corrompu pour la possession des élus de Gaia.


Alors que les Esprits s’affrontaient et que les garous se débattaient pour se libérer de leurs liens, Ophélie grimpa le long du Chêne, et se coula dans la blessure de l’arbre, passant inaperçu au sens du grand Chêne, tout à son combat. Une fois à l’intérieur, elle retira la précieuse graine de son cou. Elle avait espéré n’avoir jamais à s’en servir, car son pouvoir ne pourrait plus être renouvelé. Mais le besoin était vital, et elle savait qu’elle devait le faire. Chantant une prière, elle souffla doucement sur la graine nichée dans la paume de sa main, et se faisant, l'Esprit de la graine s’éveilla à la vie, brisant sa cosse, s’étirant, projetant ses rameaux et ses bourgeons dans toutes les directions. Lorsque le Chêne corrompu se rendit compte de ce qui se produisait en son sein, il mugit de rage et relâcha les garous pour mieux s’appliquer à détruire l’envahisseur. Ophélie se précipita vers l’orifice, mais ralentie par le poids des ans, elle ne fut pas assez rapide et l’ouverture se referma, l’emprisonnant elle et l’Esprit nouvellement libéré.

Devon se reprit très vit, lançant sa meute à l’assaut. Ils affluèrent, cernant le tronc, tailladant ses racines, usant de toutes leurs forces de crinos pour parvenir à le déraciner. Aidé en cela par les autres Esprits Plante qui tiraient en de brusque mouvement sur ses branches, cherchant à le déstabiliser. Mais c’était peine perdue car même leurs forces conjuguées ne pesait pas lourd face à l’antique Chêne aux immenses racines. Tout à coup, à leur grande surprise, son écorce grisâtre et rugueuse se mit à brunir. Ses branches mortes se couvrirent de feuilles et sa lutte cessa. La blessure causée par la foudre s’entrouvrit lentement, déversant des myriades de fleurs. Un arôme doux et sucré se répandit dans l’air et même Devon ne put réprimer un sourire de joie en le humant. Rien de semblable n’avait jamais été sentit nulle part auparavant, même les Esprits Plante se balancèrent en célébration.


De la base du Chêne, un bourgeon naquit puis grandit, s’élevant jusqu’au visage de Devon. Ses pétales s’ouvrirent brusquement, éclaboussant sa truffe de rosée et toutes les blessures en lui, physiques ou spirituelles disparurent en un instant. Vieilles haines et jalousies s’évaporèrent tout comme ses cicatrices, même celle qui avait marqué son enfance. Devon était pleinement lui-même à nouveau, de la tête au pied.

- «Qu’est ce qui se passe ? » balutia t’il. «Comment cela se peut-il ? »

Puis il vit Ophélie s’extirpant du trou, le corps brisé et en sang. Il se précipita pour la rattraper comme elle tombait de l’ouverture, et gentiment, l’allongea sur l’humus verdoyant. Elle leva les yeux vers lui et sourit. «Ah, je vois que tu as goûté à son nectar. »

- «Je ne comprends pas », murmura Devon. «Comment avez-vous accomplis cette chose merveilleuse ? »
- «Je n’ai rien fait d’autre que de planter une graine, une très ancienne graine. Une fleur qui reposait, dormante depuis l’Aube du monde, et qui vient de découvrir le soleil. Emporte une graine d’un de ses fruits avec toi et plante la dans la Clairière de Lune, pour qu’ainsi son reflet puisse se voir sur Gaia comme dans ce royaume. »
- «Vous serez celle qui la plantera », dit Devon, retenant ses larmes.

Ophélie sourit.

- «Un dernier voyage j’accomplirai oui, mais pas dans le corps d’un loup. Au revoir, Seigneur de l’Ombre. » Elle ferma les yeux et s’éteignit.

Devon, laissa échapper un hurlement, pas un cri de rage ou de fureur mais un cri de chagrin, car à ce moment, Ophélie lui manqua bien plus que tous ce qu’il avait jamais perdu au cours de sa vie.


Ils ensevelirent son corps là-bas, sous le Chêne florissant et les fleurs de l’Aube et marchèrent tristement sur le chemin du retour. Lorsqu’ils arrivèrent au caern, le Puissant Chêne avaient recouvert toutes ses forces. Et dans la pénumbra, on pouvait voir de petits boutons de fleurs poussant sur ses branches vigoureuses, éclat spirituel des lointaines et magnifiques fleurs de son royaume. Après avoir conté son récit et chanté les louanges d’Ophélie Aimée-de-Luna, Devon se rendit seul à la Clairière de Lune et planta la graine qu’il avait ramené. Il y retourna souvent pour la soigner et au bout d’un temps, finit par ne plus le quitter. Car les autres arbres et plantes du jardin, eux aussi demandaient ses soins et il n’y avait personne d’autre pour s’en occuper.


Vint un jour ou de nouvelles meutes au lendemain de leur rite de passage virent à longer le jardin, se moquant du Seigneur de l’Ombre qui restait là. Ricanant qu’aucun Seigneur digne de ce nom, ne passerait son temps à s’occuper d’Esprits plante. Mais ils ne s’attardaient guère et Devon apprit à les ignorer. Et lorsque d’anciens et sages Garous venaient d’autres terres, pour voir le jardin et la fleur de l’Aube qui poussait là, Devon leur contait l’histoire d’Ophélie et de sa propre fierté. Pour qu’ils puissent l’emporter avec eux en leur caern et que lors des longues nuits d’hiver, quand le printemps se faisait attendre, qu’ils puissent la conter à leur tour en assemblée et réchauffer ainsi les âmes de leurs frères et sœurs en portant l’espoir.

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